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Chacun a en lui son petit monstre à nourrir. [Saoirse]

MessageSam 24 Fév - 2:31

Cadfael

[Vendredi 23 février 2018 ; Essaim de Westminster]

L'obscurité s'était établie dans ses quartiers depuis peu, emportant inexorablement au fil des secondes s'écoulant, les dernières teintes chatoyantes du crépuscule qu'appréciait particulièrement Cadfael. Contempler le spectacle d'un coucher de soleil dont ses yeux d’absinthe avaient été privé tant de siècles, suscitait encore aujourd'hui quelques larmes de sang. Il ne devait ce miracle qu'au seul sang d'Eurydice ; enfant du millénaire qu'il avait recueilli comme tant d'autres hères à sa cour ; qui l'abreuvait régulièrement de son précieux fluide sanguin afin de renforcer sa puissance.  

Dehors, la neige venait de se remettre à tomber nonchalamment, les flocons virevoltant au gré des brises capricieuses. Installé au rebord de la fenêtre entrouverte, le Seigneur de Westminster ouïssait l’effervescence de la rue en contrebas. À l'intérieur du vieil hôtel particulier hébergeant l'Essaim, les vampires revenaient lentement à la vie les uns à la suite des autres. Il percevait chaque esprit sous son toit s'éveiller. Car, aucun de ceux présents à Londres n'avait été engendré par ses soins et les rares vampires qu'il avait personnellement versés dans le sang, crapahutaient librement à travers l'immensité du monde.

Cadfael observait attentivement une silhouette gisante sur un grand lit à baldaquin, de l'inquiétude perceptible sur les traits de son visage. La chevelure blonde qui reposait sur l'oreiller, encadrait sa ravissante frimousse de porcelaine telle une auréole angélique. Il en était tombé amoureux dès le premier regard. Non pas de ses sentiments qu'un homme éprouvait pour une gente dame, plutôt de ceux qu'un père ressentait envers sa progéniture. De toutes ses ouailles, Saoirse était sans doute celle dont le fragment d'âme se trouvait être le plus détérioré.

Il avait toujours cru que le temps parviendrait à lui faire accepter sa nature vampirique. Que l'amour apaiserait son esprit tourmenté. Il avait tout mis en oeuvre afin de lui faire découvrir les nombreuses merveilles naturelles que recelait ce monde pour raviver la clarté de son âme. Ses efforts s'étaient révélés vains et seul l'espoir que la situation pouvait encore évoluer, l’empêchait d’accéder au plus cher désir de Saoirse. Cette dernière se contentait de survivre telle une ombre, sa foi catholique seule empêchait son suicide. Unique péché dont la nonne ne parvenait à s'affranchir.

Extirpé de ses pensées par le grincement du sommier métallique, Cadfael retient le soupire de soulagement lui venant aux lèvres. Encore quelques minutes d'inconscience et il aurait dû user du lien les unissant pour l'éveiller de force. Une nouvelle fois. S'approchant du lit de sa démarche ferme, assurée, il y prit place au bord.

- Bonsoir ma douce. Murmura-t-il de sa voix chaude en ce penchant vers elle, pour déposer un tendre baiser sur son front. Tu sais que ce soir, tu ne peux y échapper.

MessageSam 24 Fév - 3:45

Saoirse

Saoirse était plongée en léthargie. Belle au bois dormant vampirique, elle était dans un sommeil sans rêves. C'était ainsi depuis qu'elle était devenue une vampire. Une de ces créatures qui s'abreuvait de sang. Infantée par Gwenhwyfar, elle se nourrissait de l'énergie sexuelle des daoine. Elle se répugnait au simple fait qu'elle aimait les plaisirs de la chair. La plupart du temps, elle allait  dans un cinéma érotique. Là où des films pour adultes de mauvaises qualités étaient diffusés. Tapie dans l'ombre, elle se nourrissait de ceux qui se laissait aller à la passion sur les fauteuils en velours rapiécé. Si elle ne supportait pas de faire ça. Elle supportait encore moins de boire le sang. Ce n'était pas une question de goût. Bien au contraire, elle se délectait quand le liquide encore chaud glissait entre ses lèvres et s'écoulait dans sa gorge. C'était si enivrant. Si extatique. Elle était comme une alcoolique qui avait besoin de sa dose. Elle se haïssait et se maudissait de jour en jour. Elle était devenue une pécheresse, elle qui était auparavant une servante du Christ.

Elle ouvrait les yeux et son regard se posa sur la chevelure rousse du vampire assit près de son lit. Le Seigneur Cadfael avait déposé un baiser sur son front et lui avait dit que ce soir elle n'y échapperait pas. Elle savait qu'elle n'allait pas avoir le choix que de s'abreuver de sang.

Le Seigneur Cadfael l'avait sauvé des griffes de son ancien Seigneur. Si Gwenhwyfar se comportait comme un tyran envers elle, Cadfael se comportait comme un père. Il avait maintes fois tentés de lui faire accepter sa condition vampirique. Mais sa foi religieuse était si fortement ancrée en elle, qu'elle l'empêchait de s'accepter. Elle était tourmentée. Écartelée entre sa nature et ses convictions. Son regard était remplit d'une tristesse amère.

- Pourquoi sommes nous condamnés à ça ? À errer inlassablement dans le noir et à sacrifier les daoine pour survivre ?

MessageLun 26 Fév - 1:07

Cadfael

Cette perpétuelle affliction qui assombrissait les grands yeux céruléens se déposant sur lui, était pour le maître vampire un rappel constant de son échec. Une peine profonde mêlée de regret. Celui que Saoirse ne fut de sa propre lignée et ne puisse tirer profit du don qui en découlait. La vie n'en serait que si simplifiée. Avec beaucoup de tendresse, du bout des doigts, Cadfael caressa la joue de la jeune femme.

- Tu le sais mon ange, que je ne me considère pas comme damné par le Tout Puissant.

Le Seigneur de Westminster prit délicatement la main de sa protéger, y déposant les lèvres avec une désuète galanterie. Ce genre de conversation revenait à intervalles réguliers car, Saoirse éprouvait le besoin de ressasser quotidiennement ces éternels ressentiments à l'égard de leur race. La patience était une vertu dont Cadfael avait cultivé l'essence au contact de cette dernière.

- Toi mieux que quiconque devrait pourtant savoir, que l'on ne peut obtenir certains avantages sans en payer le coût. Personne n'en est exempté, tout le monde doit s'en acquitter. Les Werewolves, les Wiccan et même tes chers Doines doivent sacrifier la vie animale afin de poursuivre leurs existences dans ce monde. 

Cadfael se releva du lit où il s'était installé aux côtés de Saoirse, fit quelques pas en avant pour atteindre l’extrémité de celui-ci, avant de se retourner et d'appuyer son épaule contre la colonne en bois du baldaquin. Il la contempla quelques secondes ; en laissant le silence s'installer ; un léger sourire trahissant son appréhension sur le traits de son visage. Lorsqu'il se décida à la briser, ce fut pour ajouter :

- Nous ne sommes pas forcés de les tuer. Si seulement tu voulais bien consentir à te nourrir plus régulièrement en ma compagnie. Je pourrais t'apprendre à contrôler ta soif sans que je ne sois obligé de te sustenter. Et ainsi te réguler par toi-même lorsque tu bois le sang d'un Duine afin de ne prélever que le strict nécessaire à ta survit.

MessageSam 3 Mar - 14:03

Saoirse

Saoirse écoutait avec attention les paroles du vampire à la chevelure de feu. Il faisait preuve d'une grande patience avec elle. Cette discussion revenait souvent, et ce depuis des années. Telle une ritournelle sans fin. Personne en ce bas monde n'étaient exempt de sacrifices. C'était le prix à payer. Saoirse le savait et pourtant elle ne pouvait pas s'empêcher de demander « pourquoi».

Cadfael essayait de calmer les craintes de Saoirse. Comme un père avec son enfant. Il lui expliquait encore une fois qu'il n'étaient pas obligés d'aller jusqu'à tuer un duine pour assouvir leur besoin vital. Il lui suffisait juste de se nourrir plus souvent.

- J'ai si peur de ne pas pouvoir m'arrêter.

Elle baissait alors le regard. La culpabilité la rongeait.

- Le goût du sang est si bon. Si sucré, si doux. Il est exquis. Comment réussir à m'arrêter ? À ne pas céder à la tentation si grande ?

Elle qui avait passé la majorité de sa vie de duine en tant que religieuse, avait fait preuve d'une abnégation totale. Jamais, elle n'avait cédé à la moindre tentation. Mais l'âme immaculée s'était retrouvée souillée au moment où on l'avait offerte en pâture au vampire qui l'a infanté.

- Pourquoi ne m'a t- Il pas tué ? Pourquoi ne m'avez vous pas tué au moment où vous m'avez libéré de ses griffes ?

Saoirse avait de nombreuses questions. Sur le monde qui l'entoure. Sur elle-même. Elle cherchait en vain sa place.

- Pourquoi le Seigneur ne m'a pas protégé ?

Des larmes de colère perlaient sur sa joue. C'était la première fois qu'elle se laissait aller à ce sentiment. Pour la première fois, en tant d'année d'errance.

- Je vous en prie aidez-moi !

Son regard embrumé était plongé dans celui de Cadfael.

MessageLun 5 Mar - 18:42

Cadfael

Le sang enivrait les sens d'un Vampire, tout comme l'alcool grisait ceux d'un Duine. Cette crainte qu'éprouvait Saoirse, lui-même en avait fait les frais durant les premiers mois ayant fait suite à sa renaissance. Mais, Cadfael avait appris sous la houlette de son créateur. Apprit à ne pas éprouver une dépendance à l'égard du sang. Apprit à pondérer sa soif en ne prélevant que le strict nécessaire. Quitte à devoir se nourrir auprès de différentes personnes durant une même nuit. Une pratique permettant un certain équilibre entre des races antagonistes. Qui offrait la paix en sommes !

- Par l'apprentissage mon ange ! C'est là, une habitude à acquérir. Tout comme tu as dû apprendre à marcher, à parler, à danser. Le contrôle n'est jamais quelque chose d’innée. Eurydice, Saith, moi ... nous sommes passé par là également.

Cadfael adressa une caresse mentale à l'esprit de sa protégée.

- Le Sang est comme un grand cru français. Tu dois éduquer ton palais afin de l’apprécier, de le déguster et de le savourer telle l'ambroisie, nectar des dieux.

Songeant alors, que ce n'était certainement pas le meilleur parallèle à appréhender pour une ancienne nonne, le Seigneur de Westminster ajouta rapidement à la suite de ses paroles précédentes.

- Gourmandise ! N'est-ce pas un péché capital ? Conçoit le ainsi ! Si dans ta jeunesse, tu es parvenu à ne pas céder aux effluves alléchants d'une tarte aux myrtilles à peine sorties d'un four alors, tu as la force nécessaire pour résister à la tentation qui te terrifie toutes ces nuits.

Saoirse n'était pas entrée dans les ordres selon les seuls desiderata de sa parentèle. La jeune femme avait ressenti l'appel divin au plus profond de son être, elle le lui avait confié. Aux yeux de Cadfael, pour embrasser une vocation exigeant de renoncer à chaque plaisir terrestre, il fallait savoir faire preuve d'une grande force de caractère. Elle était donc capable de résister à la tentation ... si seulement, elle voulait prendre conscience de cela.

Tout en parlant, Cadfael avait évolué dans la pièce. À présent, il se trouvait de nouveau à ses côtés et se pencha en avant pour déposer un chaste baiser sur ses lèvres. Il la prit délicatement au niveau de la taille puis, la souleva du lit sans le moindre effort. Lorsque les pieds de Saoirse touchèrent le sol, le Vampire lui sourit avant de l’entraîner, dans une valse qu'il appréciait tant. La musique les guidant, n'appartenant qu'a lui seul.   

- Parce que je ne souhaite qu'une chose. Que tu vives enfin pour toi mon ange. Tu as été une servante de Dieu, l'esclave d'un tyran ... Ne serait-il pas temps, que tu découvres les multiples beautés du monde qui nous entoure, pour ton seul plaisir ? L’interrogea-t-il, tout en la faisant tournoyer sur elle-même. Non ! Tu n'es pas ce genre de femme n'est ce pas. Tu te penses maudite, tu crois que ton Seigneur t'a abandonné mais, s'il en était tout autre ? 

Ils évoluaient en virevoltant avec élégance, à travers l'espace qu'offrait la vaste chambre. Saoirse éprouva une certaine légèreté, comme si son corps n'était plus tributaire de la pesanteur terrestre. Ce qui était en réalité le cas, puisqu'ils flottaient tous deux à quelques centimètres du plancher.

- Le Seigneur n'éprouve-t-il pas la foi de ses fidèles par des épreuves ? Malgré toutes celles que tu as subies, tu n'as jamais renié la tienne. Et si l’immortalité était une récompense te permettant de venir en aide à autrui sur un plus long terme ! Tu es libre de toutes entraves à mes côtés Saoirse. Libre de te consacrer à des bonnes œuvres. Libre de soulager la misère humaine si tel est ton désir.

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